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libe (4)Samedi, Saumur commémore le soixante-dixième anniversaire de sa libération du joug nazi. Véronique Flandrin, responsable des Archives municipales, nous rappelle les temps de cette liberté retrouvée. Nous vous invitons à regarder aussi, pour compléter ce texte, le diaporama préparer par les Archives en cliquant ici.

Saumur, le 30 août 1944 : la liberté retrouvée !

L’épreuve des bombardements

En cette fin du mois de mai 1944, les Saumurois sont partagés entre l’espoir de la fin de l’occupation et la crainte des représailles des troupes allemandes en déroute. Les nombreuses alertes d’attaques aériennes augmentent la tension ambiante.

Placée sous l’autorité du major Eckert et du capitaine Englert, une troupe allemande d’environ 1500 hommes est chargée de défendre le front de Saumur, entre Trêves et Candes. Les S.S. de la Division Goetz von Berlichingen multiplient les insolences, les pillages et les vols de nourriture et de véhicules.

Malgré les actions de résistance des FFI, l’incertitude demeure. La population semble résignée face à l’occupant, même si, à plusieurs reprises et de façon isolée, elle lui manifeste son hostilité. Cependant, le ravitaillement reste la préoccupation majeure.

Les bombardements aériens, annoncés par la radio de Londres, commencent alors.

Dans la nuit du 29 mai au 1er juin, le quartier des ponts est visé par les Alliés. La gare, le pont Napoléon (l’actuel pont des Cadets) et de nombreux immeubles sont touchés. Les sauvetages commencent  avec les risques d’explosion des bombes à retardement.

La nuit suivante, le quartier de la gare et le pont du chemin de fer sont visés par les Alliés. La voie ferrée est détruite sur un kilomètre et l’ancienne gare de l’Etat, à Nantilly, s’effondre. Les incendies se déclarent dans le quartier des ponts. On recense plus de 700 sinistrés. Les habitants se réfugient sur les levées et les prairies du Thouet.

Les attaques reprennent dans la nuit du 9 juin. Au total, Saumur aura subi 14 bombardements aériens, dont trois de nuit particulièrement violents. Ils auront fait une centaine de victimes.

libe (1)Vers la liberté…

Le 10 août, Angers est libérée. Les Saumurois espèrent voir défiler les troupes américaines dans leur cité, mais les Alliés réservent leurs forces pour leur avancée vers Chartres et Paris.

A partir du 11 août, les Allemands commencent la destruction des emplacements stratégiques : le pont Napoléon, le pont Cessart, le pont de fer et le transformateur électrique de Distré. Les bicyclettes sont réquisitionnées par les Autorités allemandes.

Le 14 août, c’est l’état de siège. Le quartier de la gare est séparé du reste de la ville. La population est prise entre le poste FFI de la Ronde (une section du Prytanée de la Flèche) et les postes allemands installés dans ce quartier. Les Allemands menacent la population de représailles, volent des bicyclettes et préparent leur départ.

L’évacuation de l’Hôtel de Ville et des habitants, situés à l’intérieur d’un quadrilatère compris entre les quais Carnot et Mayaud, les rues de la Fidélité, Bonnemère, St Nicolas et Saint-Jean est organisée. Les Allemands commencent à incendier la Croix-Verte.

Le 24 août, les affiches du lieutenant « Bernard » relatives aux réquisitions des FFI redonnent espoir à la population. Le lendemain, la libération de Paris est annoncée. Le chef allemand de la place de Saumur, Englert, et la Feldgendarmerie quittent l’Hôtel Mayaud. On apprend alors qu’Hitler a donné l’ordre de repli général à ses troupes de l’Ouest.

Après avoir prétendu ensevelir Saumur sous les ruines pour sauver « l’honneur de la ville », le major Eckert quitte le château de Bagneux le 29 août. Les derniers Allemands abandonnent Saumur en fin de journée et dans la nuit. Ils n’oublient pas de faire sauter le pont Fouchard et les installations téléphoniques.

A l’aube du mercredi 30 août, Saumur est libérée. L’occupant a pris la fuite en gagnant la Touraine par Doué-la-Fontaine et Montreuil-Bellay.

Le sous-préfet Trémeaud confie la défense de la ville au capitaine de gendarmerie Albert Viala.

Après avoir traversé la Loire en barque, les maquisards occupent la ville. La compagnie du Capitaine Guépin prend position dans le quartier de la gare et l’entrée de la route de Rouen. Le commandant de Razilly du 135e régiment d’infanterie, récemment reconstitué, s’installe à l’Ecole de cavalerie. Henri Lalande, membre des FFI, hisse le drapeau français au sommet d’une des tours du château. On chante la Marseillaise.

Quand Saumur fête sa libération.

La première cérémonie officielle de la libération de Saumur a lieu le 1er septembre. Elle est d’abord militaire et se tient à la gendarmerie. Puis, un peu plus tard, les hommes des Forces Françaises de l’Intérieur, menés par le Commandant de Razilly, arrivent à l’Hôtel de Ville où ils sont acclamés par la foule. Ils sont ensuite accueillis par le sous-préfet, Trémeaud, l’ancien maire, Narcisse Clochard, le nouveau maire, Robert Amy, révoqué en 1940 par le gouvernement de Vichy, et le Capitaine de Gendarmerie Viala. La foule est massée sur les quais. Le commissaire régional de la République, Michel Debré, honore la ville de sa présence. Saumur est pavoisée. Le soir, la population danse au son de la musique. Les festivités continueront les premiers jours de septembre.

libe (2)La fête, mais aussi la souffrance…

La ville libérée, une partie de la population réclame des comptes pour les souffrances endurées. Préférant éviter les débordements excessifs d’une justice populaire, les autorités organisent, de manière quasi officielle, quelques tontes publiques de Saumuroises désignées comme « collaboratrices », dans la cour de la gendarmerie.

A la joie de la libération se mêle également la douleur de l’absence des parents, des amis, des voisins, et la découverte d’atrocités. Sept mois après la disparition des 11 personnes arrêtées à la Croix Verte par des soldats allemands le 19 août 1944, un charnier est découvert sur le terrain militaire du Breil. Les victimes sont âgées de 26 à 74 ans.

Enfin, tous n’ont pas la chance de connaître la liberté le 30 août 1944. Les tziganes, internés pour raison raciale au camp de Méron, à Montreuil-Bellay, n’en sortent, pour seulement une partie d’entre eux, qu’en janvier 1945.

Source photos : les dessins sont de Georges Pic( avec l’aimable autorisation du Château-Musée de Saumur), les photos proviennent des Archives municipales de Saumur.

Légende :

– Photo de Une : les FFI et les élèves du Prythanée militaire de La Flèche défilent devant l’hôtel de ville, le 1er septembre 1944.

– Photo du texte : La foule le 31 août 1944 rue d’Orléans.